Le faucon et le serpent
Par nando, samedi 19 mars 2005 à 07:25 :: Altermonde :: Permalien n°51 :: Fil rss

Dans un petit article à sensation d'une encyclopédie animalière, à publication périodique des années 70, j'ai trouvé matière à méditation. D'un simple, mais inhabituel, fait divers du monde animal on peut tirer une fable avec une morale facile, voir un peu plus. J'ai lu par hasard cette anecdote il y a déjà quelques années. C'est l'histoire de deux prédateurs typiques, un faucon et un mamba vert, qui font chacun une erreur de tactique. Cette erreur leur coûte la vie.
Échec de deux stratégies
Les armes du faucon : un bec et des griffes acérées qui, en se refermant sur eux-mêmes, déchirent la chair de la proie. Le classique repas du rapace ce sont les rongeurs et les oiseaux, somme toute des proies pépères. Un corps aérodynamique dans un vol en piquée, à haute vitesse, atteint sa cible, en mouvement ou pas. L'oiseau peut reprendre de l'altitude avec ses griffes solidement enfoncées dans le corps du malheureux.
Le mamba vert, prédateur arboricole a une arme efficace qui est une paire de crochets desquels gicle un venin foudroyant et mortel. Quand le serpent attaque la proie il faut que celle-ci soit immédiatement à sa merci, sinon dans la gesticulation pré-mortem la proie peut tomber à terre et, donc, être hors de portée de son estomac. D'où l'utilité du liquide foudroyant de ce serpent qui aime à rester sur sa branche, camouflé par les feuilles vertes tropicales.
L'erreur du faucon est de se jeter sur un animal vivace au venin foudroyant. L'erreur du mamba vert est de s'être aventuré hors de ses branchages verts en se mettant à découvert sur la terre ferme. L'oiseau fulgurant saisit sa cible, le serpent dans un réflexe de survie plante ses crocs dans l'oiseau. Le faucon reste à terre, il est mort. Le mamba, lui, il est empalé au sol par les griffes.
Do and die
Au moment où le photographe prend la photo des deux animaux illustrant l'article, le serpent n'est toujours pas mort. Il est immobile et il regarde l'objectif du photographe. J'aurais complètement oublié cette fable sur l'erreur si une phrase ne m'avait pas accrochée. En résumé elle disait : Le serpent est immobile et il attend la mort. Le verbe attendre a bien été utilisé pour le serpent.
Si le photographe (ou l'équipe du reportage, je ne sais pas) n'avait pas été là, le serpent serait mort sans tambours ni trompettes dans le silence de cette plaine tropicale. Pour moi, une nouvelle idée : Le serpent a attendu simplement la mort, il n'avait plus le choix, le piège était sans issue. Il s'est trompé, il n'a pas eu le dessus. Pourtant il était un seigneur. Bon, je ne sais pas ce qu'il s'est passé dans son cerveau, mais dans le mien il y a eu du mûrissement. En écho, m'est venu à l'esprit cet impératif trouvé je ne sais où : do and die. La vie est une forme de piège sans issue. Et la mort, cette catastrophe de tout les temps, une chose simple et naturelle.





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