samedi 12 novembre 2005

Des polars de P. D. James

Peluche dans la rue

[source]

Jusqu'à présent j'ai lu trois polars de Phyllis Dorothy James : par ordre de lecture j'aligne Sans les mains (1967), L'île des morts (1982) et La meurtrière (1980). J'ai lu Sans les mains l'année dernière et je ne m'en rappelle plus très bien, par contre je viens juste de boucler les deux autres. Tous les trois sont des romans à énigme classiques mais complexes, les personnages clés ont droit chacun à un profil psychologique qui leur donne de la dimension. Je ne suis pas un vrai amoureux du polar mais la lecture de ces livres m'a bien accroché. Ils vous plongent dans pays anglais en général bourgeois, un tantinet décadent (forcément car les récits sont liés au milieu judiciaire).

Les références à la culture victorienne y sont nombreuses, surtout en architecture et en art. Elle fait citer fréquemment des auteurs anglais hyperclassiques du genre Shakespeare par ses personnages. D'ailleurs ça m'agace un peu, ces derniers, très cultivés et intelligents, se rappellent de judicieuses citations au bon moment. À ce propos je me souviens encore des Météores de Michel Tournier où les figures principales du long roman étaient bien montées intellectuellement. Un peu trop à mon petit goût, si bien que je sautais quelques paragraphes faisant un simple étalage de leur capacité de réflexion que je n'avais pas la patience de tenter d'assimiler (à part ça j'ai un bon souvenir du livre, et puis je vous conseille Les météores, il y a justement pas mal de matière à réflexion).

Malgré ces quelques points inoffensifs je vous conseille leur lecture.

On rencontre chez P. D. James quelques détails constants, du moins dans ceux que j'ai lu. C'est par exemple le « double assassinat, » entendre par là un corps déjà mort qui est une nouvelle fois frappé, apportant par là une confusion stimulante pour le lecteur. Ou bien l'idée selon laquelle les « couples les plus invraisemblables » trouvent parfois le « chemin du plaisir irrationnel » des relations sentimentales et sexuelles.

Voir aussi P. D. James sur Figure de style.

mercredi 9 novembre 2005

Étoile à douze branches avec Gimp

Ça fait des lustres que j'utilise Paint Shop Pro pour éditer mes images. Ça fait aussi autant de temps que je me démène avec la même version, la 4.12, celle qui date de… 1996. Les images de mes sites ont été faites avec lui, mais il est temps de changer cet outil qui a presque dix ans. ;-)

Aujourd'hui je me tourne vers Gimp. D'une part parce qu'il est gratuit, j'ai pas les moyens de me payer une nouvelle licence PSP, encore moins Photoshop. D'autre part il est libre (open source), ce qui me satisfait du point de vue politique et éthique. Pour m'aider à la transition j'ai acheté le livre Gimp 2 efficace de Cédric Gémy. C'est surtout pour me familiariser avec les calques et les canaux. Voyez-vous les calques me restaient toujours en travers de la gorge, et les canaux je connaissez même pas leur existence. Les pros de l'infographie, eux ils font ça les doigts dans le nez. Heureusement depuis une semaine ou deux je rentre dans le bain, j'empile logiquement mes gentils calques les uns sur les autres. Quant aux canaux j'y vais très doucement mais sûrement.

Pour vous montrer ce que j'ai réussi à monter voici une étoile à douze branches de culture islamique (fig. 1). Gimp est plus proche de la retouche d'image artistique que de la DAO technique, ce qui m'oblige à faire une figure simplifiée. Sans oublier qu'elle n'est pas correctement faite, surtout c'est parce que je n'ai aucune idée comment cette étoile est élaborée dans la réalité. J'ai dû bricoler une méthode géométrique personnelle.

Étoile à douze branches
Fig. 1 : une étoile à douze branches réalisée avec Gimp.

On ne dirait peut-être pas mais il n'y a qu'une seule ligne, c'est une boucle, un cycle. Prenez un point et suivez la ligne et vous verrez qu'au bout du compte vous reviendrez au point de départ. Pour vous donner une idée de cet entrelacs dans la réalité voilà une image (fig. 2) tirée d'un ouvrage du XIIe siècle. L'image vient de L'art du livre arabe l'une des galeries thématiques de la BNF.

Page extraite d'un coran du XIIe siècle
Fig. 2 : extrait d'une page d'un manuscrit maghrébin du XIIe siècle.
Le motif central représente une étoile à douze branches,
elle peut être composée d'une seule ligne entrelacée.
[source]

mardi 8 novembre 2005

« L'Être d'Amour » d'Andre Norton

Le récit fantastique Opération Atlantis d'Andre Norton m'a laissé très pensif. Non pas à cause du scénario ni des thèmes abordés mais à cause d'un personnage. D'ordinaire l'ensemble d'un livre fantastique ou SF est un minimum homogène et cohérent, mais dans celui-ci il y a un détail bizarre que je n'arrive toujours pas à m'expliquer.

Attention ! Ce qui suit peut-être considéré comme un point important du récit. Donc à ne pas lire si voulais la surprise. ;-)

Cela commence, pour simplifier, à l'aide d'une technologie à remonter le temps, un gars est propulsé à l'époque du continent mythique Atlantis, qui comme chacun sait se trouve très loin dans le passé. Là il est recueilli par les habitants du contient Mu qui sont en guerre contre ceux d'Atlantis. Le peuple de Mu est constitués d'être solaires, ouverts, équitables et bons. Ceux d'Atlantis sont sombres et corrompus, leur nation est en crise. Je vous laisse deviner qui va perdre.

Atlantis étant en difficulté, face à la force et la bravoure de Mu, elle finit par obtenir une arme très spéciale sensée leur apporter la domination sur l'ennemi. Cette arme est une créature issue d'un monde infernal. C'est une sorte d'ombre ou nuage noir opaque qui enveloppe ses victimes. Jusque ici c'est la routine pour les amateurs du genre, rien de très inhabituel. Ce qui m'a frappé c'est que Andre Norton a appelé cette créature l'Être d'Amour ! C'est d'autant plus curieux qu'il n'y a pas de discours sur l'amour ni d'ailleurs pas vraiment d'histoire d'amour. Durant tout le récit ce nom m'est apparu comme un ovni.

Vu que je ne connais que ce bouquin de cet auteur alors qu'elle a été prolifique (plus de 130 romans !) expliquerait peut-être mon désappointement.

  • Opération Atlantis, chez Albin Michel, collection Super-fiction n° 44, 1980. L'original s'intitule Operation Time Search et il paru en 1967.
  • La femme écrivain nord-américaine Andre Norton est décédée au printemps de cette année 2005. Elle a écrit de la science fiction et du fantastique (fantasy) répartis en séries, sagas et romans. Sa biographie.

samedi 5 novembre 2005

Les totems de Guènn et Nolwenn

À l'occasion de l'exposition de Guènn et Nolwenn au Living Room, le « lounge kfé » de ma ville, je tente de développer ici ce qui me passe par à la tête à propos de leurs travaux. Cela se passe au 4 rue d'Étigny à Pau (sud-ouest de la France) durant les soirées du mois de novembre 2005.

Roxanne peinte par Guèenn
Visage de Roxanne peint par Guènn
© copyright Guénolée Carrel
[source]

Le masque est humain

Au sens occidental le masque est opacification de l'être, il permet de cacher plus ou moins l'identité. Dieu juge les hommes au corps habillé et au visage découvert. Ainsi le visage est offert sans détour à son regard, masquer son visage revient alors à dissimuler la vérité. Du moins c'est le tenter puisqu'en principe Dieu voit tout. Mais sûrement pas les hommes, qui entre eux se dupent les uns les autres.

Certains ont des velléités de convoitise et de domination à tel point qu'il faut s'en protéger. De là une nouvelle utilisation du masque : protéger l'identité du porteur. De plus, étant donné que nous avons des personnalités doubles (ou bien triples si ce n'est une multiplicité supérieure) les deux seules possibilités, vérité et mensonge dans l'idéal, deviennent un mélange dans la réalité. En somme pour les humains l'identité c'est très compliqué.

À ce stade les choses seraient d'une complexité acceptable si le visage de l'homme ne pourrait pas être vu comme un masque. Après tout l'être véritable d'une personne n'est pas appréhendable rien qu'en la regardant. Si celui qui voit ne saisit pas ce qu'il y a derrière le visage alors celui qui est regardé va se débrouiller pour se faire comprendre, donc se faire voir. Il va parler, chanter, écrire, dessiner, danser, mimer… ou porter un masque. Remarquez que tout ces arts peuvent se combiner.

Entendons-nous, derrière le vocable masque je place toute forme masquant (totalement ou partiellement) l'identité… ou bien révélant (seulement partiellement, forcément) l'identité. C'est l'objet masque qu'on place sur le visage, c'est le faux nom, le pseudonyme, le cryptage, le déguisement, le maquillage, la peinture faciale, etc. C'est cette dernière que je traite.

Lire le billet en entier