Les totems de Guènn et Nolwenn
Par nando, samedi 5 novembre 2005 à 01:09 :: Art et consorts :: Permalien n°92 :: Fil rss
À l'occasion de l'exposition de Guènn et Nolwenn au Living Room, le « lounge kfé » de ma ville, je tente de développer ici ce qui me passe par à la tête à propos de leurs travaux. Cela se passe au 4 rue d'Étigny à Pau (sud-ouest de la France) durant les soirées du mois de novembre 2005.
Visage de Roxanne peint par Guènn
© copyright Guénolée Carrel
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Le masque est humain
Au sens occidental le masque est opacification de l'être, il permet de cacher plus ou moins l'identité. Dieu juge les hommes au corps habillé et au visage découvert. Ainsi le visage est offert sans détour à son regard, masquer son visage revient alors à dissimuler la vérité. Du moins c'est le tenter puisqu'en principe Dieu voit tout. Mais sûrement pas les hommes, qui entre eux se dupent les uns les autres.
Certains ont des velléités de convoitise et de domination à tel point qu'il faut s'en protéger. De là une nouvelle utilisation du masque : protéger l'identité du porteur. De plus, étant donné que nous avons des personnalités doubles (ou bien triples si ce n'est une multiplicité supérieure) les deux seules possibilités, vérité et mensonge dans l'idéal, deviennent un mélange dans la réalité. En somme pour les humains l'identité c'est très compliqué.
À ce stade les choses seraient d'une complexité acceptable si le visage de l'homme ne pourrait pas être vu comme un masque. Après tout l'être véritable d'une personne n'est pas appréhendable rien qu'en la regardant. Si celui qui voit ne saisit pas ce qu'il y a derrière le visage alors celui qui est regardé va se débrouiller pour se faire comprendre, donc se faire voir. Il va parler, chanter, écrire, dessiner, danser, mimer… ou porter un masque. Remarquez que tout ces arts peuvent se combiner.
Entendons-nous, derrière le vocable masque je place toute forme masquant (totalement ou partiellement) l'identité… ou bien révélant (seulement partiellement, forcément) l'identité. C'est l'objet masque qu'on place sur le visage, c'est le faux nom, le pseudonyme, le cryptage, le déguisement, le maquillage, la peinture faciale, etc. C'est cette dernière que je traite.
Visage de Patricia peint par Nolwenn
© copyright Nolwenn
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Le visage peint de l'acteur
Qui se peint le visage ? Les premiers qui me viennent à l'esprit sont les indigènes des contrées exotiques où les peintures expriment l'état ou les intentions du porteur ; elles ont donc un sens. Plus proche de nous on peut rencontrer un personnage qui se déguise en clown ; lui c'est un acteur, il veut susciter des émotions et peut être des réflexions. Et puis il y a le carnaval avec ses festifs décorés qui veulent sortir de la monotonie quotidienne. Sans oublier les militaires qui optimisent leur camouflage, le maquillage des femmes, des travestis, des fétichistes…
À ce stade il y a un point important que n'ai pratiquement pas abordé : c'est le cas de l'acteur. Si les indigènes sont nature alors les autres que j'ai cité sont des acteurs (ça se discute tout à fait mais je vais sévèrement simplifier). Question : l'acteur joue-t-il pour montrer une partie de lui-même ou bien pour augmenter ses possibilités d'être ? Les deux ? Si je pose ces questions je dois sûrement penser que les occidentaux (les acteurs) se sentent réduis ou petits alors que les indigènes se sentent pleins ou entiers. Qu'en pensez-vous ? Mais revenons au visage, un acteur n'a pas forcément le visage peint, encore que l'expression qu'il simule pourrait être vue comme telle.
Visage de La Luciole peint par Guènn
© copyright Guénolée Carrel
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Les totems
Guènn (Guénolée Carrel) et Nolwenn réalisent des peintures faciales qu'elles appellent des « totems » ou bien « totwenns. » Il n'y a pas de signification particulière dans ces visages polychromes. Peut-être servent-ils à intensifier l'être. Le style est très libre, le contraste est fort et la couleur a la part belle, au point que l'aspect a l'air sauvage et primitif. C'est un tumulte, une forte agitation qui se lit sur les visages bien que techniquement tout ça est figé. Mais pas tout à fait, ce genre de masque est collé à même la peau, il suit les mouvements musculaires des expressions. Mais ces totems restent abstraits, ils sont liés à des identités abstraites.
Lors de la conquête des Amériques les Européens voyaient dans les peintures corporelles des indiens un signe de sauvagerie. Ces indigènes étaient des sauvages, ils avaient un mode d'existence bien différent des Européens judéo-chrétiens. Mais le sauvage peut être aussi celui qui survit dans Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley où l'attitude de sauvagerie est une forme de résistance envers une société qui rabaisse les hommes à l'état d'objets.
Ces « totems » sont peut-être un retour aux sources, à cet état primitif, perdu dans le passé à moins que ce soit à l'intérieur de soi-même. Est-ce une résistance à l'ennui ou à l'altération de l'identité ? Cependant pourquoi pas tourner la chose d'une autre façon : peut-être que ces peintures servent à tenter de (re)venir à un état de soi plein ou entier. Plus généralement est-ce cela le rôle de l'art ?
Des sites :
- Les sites de Guènn : une galerie et un site sur Art Majeur ;
- Les sites de Nolwenn : chez Art Majeur et des anciennes pages perso ;
- Le forum Dessin & Peinture sur ArtKaos.net où elles interviennent fréquemment.
Des photos des Totems :
- Une galerie des peintures Guènn ;
- D'autres photos de nos deux artistes sont éparpillées sur le forum Dessin & Peinture, mais voici quelques liens pour vous épargner le dur labeur de la recherche :
Totwenn Stephane ;
Franck ;
Totwènn Solange ;
Totwènn Jean Pierre et son regard d'enfant ;
Toujours Totwem ;
Totwem ;
Totwenn Naïma ; Masque "Eric" ; Totwenn Patricia ; Totem du chien qui met des K7.





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